Fausses expertises et vraies banqueroutes

 

Paul Jorion a longtemps travaillé à l’enrichissement des banques. Il a démarré en tant que trader dans un établissement français dans les années 90, avant de s’installer aux Etats-Unis où il s’est spécialisé dans le crédit à la consommation, cela durant la folle époque des subprimes…

Banquiers et aristocrates

Que les divinités altermondialistes soient louées, Paul Jorion est revenu dans le droit chemin. Il lutte désormais contre les dérives de nos chers, très chers, banquiers.

Sans lui reconnaître l’entière paternité de l’idée de « contre-dérégulation » qui se propage actuellement dans le cénacle des économistes (les mêmes qui deux ans auparavant sacrifiaient le contribuable sur l’autel de la sacro-sainte croissance), il faut rappeler qu’au début des années 2000 il fut l’un des premiers à condamner les intrigues bancaires.

Concernant l’Appel de Cantona (courir à sa banque pour retirer tout son argent, alias le bank run), il s’est permis de railler l’attitude des ministres français qui tournent le personnage en dérision, avouant ainsi qu’ils craignent une révolution par le portefeuille.

Plutôt que de s’interroger sur le formidable relais de l’appel par les réseaux sociaux et la presse, « ils tiennent un discours d’aristocrates » méprisant le footballer-manant.

Les lingots d’or ne se reproduisent pas

La proposition de Paul Jorion est moins radicale, mais certainement efficace : interdire les paris sur les fluctuations des prix. « Cela cantonnerait les banques à leur fonctions utiles : l’intermédiation qui met en contact prêteur et emprunteur, et la fonction assurantielle, qui permet de maîtriser le risque en le partageant. »

En clair, il s’agit d’arrêter de faire de l’argent sur l’argent. Effectivement, comment justifier une plus-value sur une transaction qui n’apporte aucune valeur ajoutée (sans production de biens ni de services) ?

L’affaire Madoff nous rappelle que la reproduction spontanée des lingots d’or n’est qu’un doux rêve d’alchimiste. Sur le sujet, on vient d’apprendre que le liquidateur judiciaire, représentant les « victimes » de cette escroquerie, réclame 9 milliards de dollars à la banque britannique HSBC. Le raz de marée finit par éclabousser l’Europe.

Act manqué

Pour revenir à la proposition d’un monde parfait de Paul Jorion, une première étape serait de ressortir le Glass Steagall Act, dont l’objectif consistait à séparer les banques de dépôt des banques d’affaires.

Rappelons qu’il a été instauré en 1933 par Roosevelt, dans son plan de sortie de crise de 1929… Largement contourné à partir des années 1970, il a définitivement été abrogé en 1999. Les bonnes idées ne durent pas.

Ne pas confondre science et religion

Une question nous chatouille le cervelet : comment tous les experts bancaires ont-ils réussi à se tromper à ce point ? Au point de conduire à la faillite les banques toutes-puissantes, entraînant les Etats dans leur chute ?

Paul Jorion propose une explication : « cette prétendue science économique dont la vacuité et l’impuissance a été mise en évidence par la crise […] est en réalité qu’une idéologie complaisante dont la finance a encouragé le développement pour servir de justification théorique à sa pratique effective ».

Et de rappeler que le dernier des grands économistes avait prédit la fin violente du capitalisme. Il s’appelait Karl Marx.

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